Le reggae n’est pas né en Afrique, mais la Côte d’Ivoire lui a donné deux voix qui comptent dans le monde entier. Alpha Blondy et Tiken Jah Fakoly ont chacun fait du reggae un outil pour parler de paix, de justice et d’Afrique.
Alpha Blondy, le pionnier
Né Seydou Koné le 1er janvier 1953 à Dimbokro, Alpha Blondy publie son premier album solo, « Jah Glory! », en 1982. On y trouve « Brigadier Sabari », son premier succès, qui dénonce les violences policières. En 1984, il part à Paris enregistrer « Cocody Rock!!! », avec le soutien des Wailers, dont le bassiste Aston « Family Man » Barrett. Son parcours est jalonné d’albums aux titres forts : « Jérusalem » (1986), « Masada » (1992), « Merci » (2002).
Au fil de sa carrière, il a collaboré avec des musiciens jamaïcains de premier plan, comme Dennis Bovell sur « Masada » ou Sly Dunbar et Robbie Shakespeare sur « Jah Victory » (2007). Il a aussi écrit « Yitzhak Rabin » après l’assassinat du Premier ministre israélien en 1995, et « Journalistes en danger », consacré au meurtre du journaliste Norbert Zongo : preuve que son reggae regarde le monde en face.

Une musique en plusieurs langues
Alpha Blondy chante principalement en dioula, en français et en anglais, avec parfois des touches de baoulé, d’arabe, d’hébreu ou de patois jamaïcain. L’album « Grand Bassam Zion Rock » (1996) mêle même plusieurs langues africaines. Cette ouverture linguistique reflète son message de rassemblement. Reconnu à l’international, il a été nommé aux Grammy Awards en 2003 dans la catégorie du meilleur album reggae pour « Merci », et a été nommé ambassadeur de la paix des Nations unies pour la Côte d’Ivoire en 2005.

Tiken Jah Fakoly, la plume engagée
Né Doumbia Moussa Fakoly le 23 juin 1968 à Odienné, dans le nord-ouest du pays, Tiken Jah Fakoly commence sa carrière avec le groupe Djelys, formé en 1987. Ses premiers albums ne sortent qu’en Côte d’Ivoire avant « Mangercratie » et « Cours d’histoire », puis « Françafrique » en 2002, l’un de ses disques les plus remarqués. Au fil des années ont suivi « L’Africain » (2007), « African Revolution » (2010) ou « Racines » (2015).

Panafricanisme et exil
Ses textes abordent la situation politique et sociale de la Côte d’Ivoire, l’injustice vécue par les Africains et la nécessité d’un renouveau économique, politique et culturel du continent. Il explique vouloir « réveiller les consciences » par sa musique. Après des menaces liées à ses textes, il vit à Bamako, au Mali, depuis 2003. En 2009, sa campagne « Un concert, une école » a contribué à financer des établissements scolaires au Mali.
Deux styles complémentaires
Là où Alpha Blondy mêle spiritualité, message de paix et sonorités roots, Tiken Jah Fakoly privilégie le commentaire politique frontal. Ensemble, ils montrent que le reggae s’est durablement enraciné en Afrique de l’Ouest. Pour d’autres portraits et guides d’écoute, rendez-vous dans la rubrique Musiques.
Source : Wikipédia (articles « Alpha Blondy » et « Tiken Jah Fakoly »).
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