Et si la rumba avait fait un aller-retour entre l’Afrique et les Caraïbes ? C’est un peu l’histoire que racontent les musiciens de Brazzaville et de Kinshasa. Inscrite par l’UNESCO en 2021, la rumba congolaise a des racines qui traversent l’Atlantique.
Un voyage commencé en Afrique centrale
Les origines de la rumba remontent à l’Afrique centrale. Pendant la traite transatlantique, entre le XVIe et le XIXe siècle, des personnes réduites en esclavage l’ont emportée en Amérique, où elles dansaient sur le nkumba, un mot qui signifie « nombril ». Cette danse a influencé la musique cubaine, qui allait faire le chemin inverse. Autrement dit, ce qui est parti d’Afrique est revenu transformé, enrichi par les rencontres de l’autre côté de l’océan.

Cuba renvoie l’écho
À la fin des années 1930, la musique cubaine est diffusée en Afrique par la radio et les disques. Les musiciens congolais l’adoptent et la mélangent à leurs traditions locales : c’est ainsi que naît la rumba congolaise moderne. Son motif rythmique de base, la clave, reste le même malgré l’évolution des générations. On peut l’entendre comme une signature : même quand les orchestres changent d’instruments ou de style, cette ossature rythmique relie les époques.

Brazzaville et Kinshasa prennent le relais
Au début des années 1940, Paul Kamba fonde à Brazzaville le groupe pionnier Victoria Brazza. À Kinshasa, Wendo Kolosoy et Henri Bowane deviennent des figures majeures. Les chansons parlent souvent d’amour, mais aussi, par métaphore, de questions politiques et sociales. Les mélodies sont dansantes, mais les mots peuvent être très sérieux : c’est une musique qui divertit et qui raconte la société en même temps.

1960 : l’indépendance en musique
L’indépendance de la RDC vis-à-vis de la Belgique, en 1960, est considérée comme le moment de consacrement de la rumba. Le groupe African Jazz, fondé par Joseph Kabasele, dit Le Grand Kallé, en est l’expression emblématique. Son titre Indépendance Cha Cha, créé à Bruxelles en 1960, est devenu un succès panafricain. Parmi les grands noms qui ont suivi, on cite Tabu Ley Rochereau et Franco Luambo.
Une reconnaissance mondiale
L’UNESCO a inscrit la rumba congolaise sur sa liste du patrimoine culturel immatériel en décembre 2021, à la suite d’une candidature déposée conjointement par la RDC et la République du Congo. Elle rejoint notamment la rumba cubaine, le reggae jamaïcain et le zaouli, la danse et la musique des Guro de Côte d’Ivoire. Pour la découvrir, commencez par les pionniers cités plus haut, puis laissez-vous porter par la clave. Cette inscription rappelle qu’une même musique peut appartenir à plusieurs rives d’un océan, et qu’un héritage africain peut être réinventé ailleurs avant de revenir. D’autres voyages vous attendent dans notre rubrique Musiques.
Source : Al Jazeera (« The soul of the Congolese » : Rumba added to UNESCO heritage list).
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